Saturday, 20 February 2010

[Actualité] "Chine : vers un grand schisme de l'Internet ?"

Je viens de lire un article particulièrement alarmant sur le site du Monde.  On y parle de la censure du web en Chine, ce qui n'est en soi pas une nouveauté. Mais pour une fois, on y dévoile les méthodes utilisées, et leur impact sur l'internet mondial. L'article s'intitule "Chine: vers un grand schisme de l'Internet ?" et est disponible à cette adresse pour quelques jours.  Je vous en mets quelques (longs) extraits:

La Chine a donc mis en place un nouveau système de gestion de noms de domaines ou plutôt un deuxième étage, comme l’explique l’informaticien Laurent Bloch. "Un premier niveau accepte les noms de domaines en idéogrammes, mais qui sont modifiés par rapport aux noms de domaines internationaux pour ne donner accès qu’aux sites installés sur le territoire chinois. Ainsi, pour les adresses de sites se terminant en '.com.cn' ou en '.net.cn', le suffixe '.cn' n’apparaît plus à la fin dans la fenêtre du navigateur. En tapant son adresse, l’internaute chinois arrive donc en réalité sur une version chinoise du site en question, préalablement aspiré, vérifié et remis en ligne par les autorités. Le résultat est que tout internaute chinois utilisant les idéogrammes est cantonné sur ce sous-réseau, déconnecté de la Toile et directement contrôlé par Pékin.
Quant à la navigation sur les sites étrangers justiciables du DNS en caractères latins (plus précisément LDH, letters, digits, hyphen), elle est réservée aux personnels autorisés, accrédités… et surveillés. Le système de censure fonctionne aussi en sens inverse : un site chinois qui veut être atteignable de l’étranger doit en obtenir l’autorisation, afin que son nom soit publié dans le DNS (en caractères latins) visible de l’extérieur, 'chaque page marquée d’un lien menant au site du ministère de l’intérieur, où l’on peut télécharger un certificat'. L’ensemble du dispositif répond au beau nom de Bouclier doré."
Les résultats dépassent largement le contexte chinois et, d'après l'article, auront un impact sur l'ensemble de l'architecture mondiale de l'Internet:
Jusqu’à présent, il s’agissait de mettre un pare-feu entre la Chine et le reste du monde pour bloquer les sites non acceptés. Mais avec cette nouvelle architecture, il s’agit de faire en sorte que ceux qui utilisent un navigateur avec des caractères chinois ne puissent utiliser qu’une partie contrôlée des sites internationaux, et que ceux qui utilisent un navigateur classique ne puissent pas accéder à l’autre partie. On a donc l’équivalent de deux systèmes de noms de domaines dont une large partie est inaccessible à l’autre. L’Internet chinois n’est plus une espèce d’intranet protégé de l’Internet (comme on a en a pour beaucoup de sociétés), mais comporte bien deux réseaux Internet distincts, avec deux systèmes de noms de domaines pointant vers des sites différents en fonction de l'alphabet utilisé pour y accéder.
La suite de l'article compare cette division aux autres grands schismes qui ont parsemé l'histoire du christianisme, et invoque la possibilité pour d'autres pays aux alphabets nationaux de suivre la même piste. Ceci aboutirait sur un web fracturé qui perdrait son principal atout, la connexion avec le monde.

En soi, le point de départ des mesures chinoises, qui est de s'affranchir de l'autorité internationale répartissant les noms de domaines, l'Icann, me semble justifiée: il s'agit en fait d'une organisation américaine, et je me suis toujours demandée pourquoi les Etats-Unis devaient rester les maîtres de l'Internet mondial. Mais évidemment, le but de la Chine est tout autre: c'est la censure avant tout.

Et là, je ne comprends plus. Depuis des années on nous répète que la Chine s'ouvre au monde, qu'elle avance pas à pas vers la démocratie et surtout, que son économie se développe vers l'étranger à une vitesse folle.  Et tout à coup, la voici qui se coupe du reste du monde via un des vecteurs économiques les plus puissants, l'Internet ?  On nous dit aussi que les régimes basés sur la censure sont des formes de tyrannies qui sont obsolètes dans notre monde moderne, réservées à des populations pauvres et peu éduquées, et que dès qu'un pays évolue vers un meilleur niveau de vie, les censures et autres mesures anti-démocratiques sont condamnées à disparaître sous la pression du peuple.  La Chine se modernise, envoie ses étudiants à l'étranger, exporte ses produits en masse, et pourtant devient de plus en plus répressive ?  Nous sommes en l'an 2010 et un milliard de citoyens d'un pays à la croissance vertigineuse sont enfermés derrière un grand mur virtuel pour les empêcher de voir ce qu'il se passe ailleurs ?  On nous dit que ça ne marchera pas, Tim Berners-Lee lui-même, inventeur du World Wide Web, nous dit que ça ne marchera jamais... Et pourtant, d'après cet article, ça marche, c'est en route depuis 2006 sans finalement faire de gros remous.

Alors, quid de l'avenir de la Chine, quid de l'avenir de l'Internet mondial ?

Friday, 12 February 2010

Encore un nouveau blog !

Ca y est: je me suis enfin décidée à arrêter d'envahir ces pages avec mes compte-rendus de lecture.  Je ne compte pas arrêter d'en écrire, non, au contraire. Mais à force, je me suis retrouvée avec deux types de visiteurs: ceux qui souhaitent suivre ma petite vie et qui ne sont pas particulièrement intéressés par mes lectures, et ceux qui viennent de la blogosphère littéraire et souhaitent seulement découvrir les livres qui me sont passés sous les yeux.

En plus de ça, je commençais à manquer de place: j'aurais voulu lister mes critiques par auteur, titre et genre, mais où caser tout ça ?  Et à force de publier plein de billets littéraires en français, j'ai eu peur de perdre mes lecteurs anglophones...

Face à tous ces inconvénients, j'ai enfin sauté le pas et je suis entrée de pleins pieds dans la blogosphère littéraire. Mon nouveau chez moi s'appelle "Page à page", il est tout neuf et tout joli; je suis particulièrement fière du design, customizé avec amour.  Tous ceux et celles qui venaient ici pour mes critiques de livres, retrouvez-moi là-bas: j'ai déjà recopié les billets lectures passés et je compte en ajouter des nouveaux très très souvent. J'espère que l'endroit vous plaira. Pour vous y rendre, vous trouverez un raccourci en cliquant sur le lien "mes lectures" en haut à droite de cette page-ci. 

Pour les autres, retournons ensemble aux raisons pour lesquelles j'ai créé ce blog-ci: vous parler de mes petites aventures en Finlande, de mes photos, de ma vie en général et de mon avis sur plein de choses.

Bonne lecture à tous !






Monday, 8 February 2010

[Mes lectures] La croix d'ossements, de Patricia Briggs

Je m'apprête à écrire là un article qui va en faire baver plus d'une... Il se trouve que "La croix d'ossements" est le quatrième tome des aventures de Mercy Thompson. Un tome qui ne paraîtra en français qu'en mai, mais déjà sorti en "paperback" pour sa version anglaise... Pour vous, toutes les fans qui trépignent d'impatience, je vais essayer de faire une critique honnête et qui ne dévoile pas trop l'intrigue. Mais ne m'en veuillez pas trop si elle est alléchante :)


Résumé:

Mercy n'est pas encore remise de sa dernière aventure particulièrement traumatisante, qu'elle est déjà replongée dans le drame. Stefan, son ami vampire, atterit chez elle en piteux état: il a été torturé par Marsilia, la reine vampire qui a appris que Mercy avait assassiné un de ses plus fidèles lieutenants. Sous la protection de la meute des loups-garous, Mercy semble relativement en sécurité, mais ça n'empêche pas Marsilia de s'attaquer à ceux qu'elle aime. Pour une fois, elle pense agir avec prudence en s'éloignant des Tri-Cities pour appaiser les esprits, mais ce n'est que pour tomber entre les pattes d'un ennemi encore plus dangereux...


Mon avis:

Le tome 4 commence exactement à l'endroit où le tome 3 se termine, à la minute près. Il commence d'ailleurs par les quelques paragraphes qui ont terminé le tome 3, ce qui est légèrement perturbant quand on enchaîne les deux tomes sans reprendre son souffle comme je l'ai fait. Pas de répit pour Mercy non plus, donc, et que ceux qui espèrent voir évoluer sa relation avec son nouvel amoureux n'attendent pas trop: elle n'en a tout simplement pas le temps !

Par contre, au niveau de l'intrigue, ce tome est plutôt la continuité du tome 2. Les fae ne sont plus le centre de l'histoire ici, on retrouve les vampires, avec l'apparition en "guest stars" des fantômes sur lesquels on en apprend un peu plus. Pour eux aussi, Patricia Briggs crée quelques règles de fonctionnement, quelques déclinaisons sur ce thème ultra-connu, et j'ai beaucoup aimé cet aspect du livre - comme j'avais déjà aimé découvrir les autres types d'êtres surnaturels qui peuplent son monde.

On en apprend également beaucoup sur les relations qui se tissent au sein des peuples surnaturels. Comment devient-on membre d'une meute de loups-garous, et qu'est-ce que cela signifie ? Quelle est la relation entre un vampire et sa proie, entre un vampire et sa reine ? Il y a là-dessus plus à savoir que ce qu'on imagine, et évidemment Mercy se retrouve prise au milieu de tout ça. Je ne vous en dis pas plus, mais j'ai beaucoup aimé cet aspect-là aussi, qui implique un côté émotionnel toujours bien maîtrisé par l'auteur.

Au final, un très bon tome encore une fois. Je suis incapable de nommer mon préféré mais ça pourrait bien être celui-ci. L'histoire gagne en profondeur à chaque tome, et à la fin de celui-ci il reste encore plusieurs ancrages pour des aventures à venir. Le cinquième tome, "Silver Borne", sort en avril en anglais; je pense attendre l'édition poche pour que ma collection reste au même format, mais je ne sais pas si j'en aurai le courage...

Pour plus d'infos, la page Bibliomania de ce livre vous attend. Elle n'est pas encore très fournie en critiques mais ça viendra :)

Sunday, 7 February 2010

[Mes lectures] Le baiser du fer, de Patricia Briggs

Voici le troisième tome des aventures de Mercy Thompson; comme je vous l'avais promis après la lecture du tome 2, il a fallu que je commande immédiatement le livre suivant. Et comme les précédents, je l'ai dévoré !


Résumé:

Lors du dernier tome, Mercy avait reçu l'aide de son ancien patron fae, Zee. C'est maintenant à son tour de lui rendre service: une série de meurtres ont été commis dans la réserve des fae et le nez de coyote de Mercy pourra peut-être aider à identifier l'auteur. Ce qui est le cas; mais les choses se compliquent lorsque le meurtrier est lui-même assassiné et que Zee est arrêté sur le lieu du crime. Puisque personne ne veut aider le vieux Gremlin, Mercy va devoir encore se mêler de ce qui ne la regarde pas !


Mon avis:

Pour beaucoup de lecteurs de cette série, c'est le tome 3 qui serait le meilleur. J'étais pour ma part très impatiente de découvrir le monde des fae après celui des loups-garous et des vampires. Les fae, dans le monde de Mercy Thompson, ce sont toutes les vieilles créatures magiques d'origine européenne, ce qui regroupe pas mal de bestioles plutôt étranges et diversement dangereuses: fées, ogres, gremlins, êtres des forêts, des mers... Un mélange peu homogène que j'avais du mal à me représenter.

Sur ce point-là, j'ai été un peu déçue: je trouve que comparé à ce qu'on apprend sur les loups-garous et les vampires dans les deux tomes précédents, on en apprend finalement peu sur les fae, on ne fait qu'effleurer leur monde via une petite visite de leur réserve. Ceux que l'on croise plus sérieusement, on ne fait que sous-entendre leurs pouvoirs. Mercy est sans cesse menacée des pires représailles parce qu'elle en sait trop et en fait, elle ne sait pas grand-chose ! Encore maintenant, je ne sais pas trop comment les fae interagissent alors que j'ai une idée très précise des rapports de force entre loups-garous et entre vampires.

Mais ça n'empêche pas que ce roman soit dans la lignée des précédents: plein d'aventures, palpitant à souhait ! Au milieu de l'enquête de Mercy vient se greffer ses dilemmes amoureux qui prennent de l'importance: Samuel ou Adam ? Je dois dire que son choix m'a plutôt étonnée, j'aurais à sa place pris l'autre option. Ce n'est qu'une fois le choix fait qu'on comprend un peu mieux ses motivations. Mais no souci pour ceux qui craignent que l'eau de rose dégouline un peu trop: tout ceci reste bien dosé, l'aventure est toujours le premier moteur, et je m'en réjouis pleinement.

En réalité, ce qui m'a vraiment séduite dans ce volume, c'est la fin. Mercy subit une épreuve particulièrement difficile, physiquement et moralement, et j'ai adoré la façon dont c'était traité. Les sensations décrites sont très crédibles, et sans que ça soit larmoyant on souffre avec cette pauvre Mercy. Du beau boulot sur un sujet particulièrement difficile. L'intrigue a beau tourner autour d'une série d'êtres surnaturels, finalement on retrouve des situations et des sentiments très humains, le tout bien traité. Je ne sais pas si ce tome est mon préféré, mais en tous cas ce passage - l'attaque et ce qui vient après - est certainement le plus intense à mes yeux.

Bref, je suis et reste fan de la série Mercy Thompson ! Rendez-vous dans peu de temps sur ce blog pour mon avis sur le tome 4, le dernier sorti en anglais...

Toutes les infos sur ce livre sur sa page Bibliomania !

Et au passage, ça me fait le deuxième livre lu sur les six que je me suis engagée à lire pour le Challenge Livraddict, youpeee !




Saturday, 6 February 2010

[Mes lectures] Thérapie, de Sebastian Fitzek

Le roman dont je vous parle aujourd'hui, Thérapie, a fait l'objet d'un partenariat entre les éditions du Livre de Poche et Livraddict. Je n'ai pas fait partie des heureux élus qui ont reçu ce livre (les dix exemplaires sont partis comme des petits pains) mais je n'en ai lu que des critiques positives. Je l'ai ensuite reçu en prêt de Miss Spooky Muffin et c'est maintenant à mon tour de vous en chanter les louanges...


Résumé:

La vie de Viktor Lorenz, célèbre psychiatre bernois, a sombré le jour où sa fille Josy a disparu sans laisser de traces dans le cabinet d'un médecin, après avoir souffert pendant des mois d'une étrange maladie. Quatre ans plus tard, Viktor a abandonné son métier et vit renfermé sur son chagrin. En séjour, seul, au bungalow de sa famille sur l'île de Parkum, il y reçoit contre son gré une jeune femme mystérieuse qui demande à être soignée. Anna Spiegel, romancière, affirme être atteinte d'une schizophrénie qui lui fait rencontrer, dans la vie réelle, les personnages de ses romans. Et sa dernière oeuvre parle d'une petite fille malade qui disparaît chez le médecin... Dès lors, Viktor ne cherche qu'à interroger cette femme qui semble de plus en plus dangereuse, sur une île rendue inaccessible par la tempête.


Mon avis:

Ami des thrillers en huis clos, bonsoir ! J'ai ce qu'il te faut: "Thérapie" ne risque pas de te guérir de cette passion mais te procurera un bon moment de plaisir, traitement recommandé après l'avoir personnellement testé !

Bon, soyons honnêtes: ce n'est peut-être pas le roman de l'année. L'écriture est assez banale - mais traduite de l'allemand. Le thème permet quelques facilités: sur fond de maladie mentale, l'auteur peut jouer avec les pieds du lecteur sans lui révéler ce qui est vrai et ce qui est faux. Encore faut-il le faire avec subtilité pour ne pas laisser au lecteur l'impression d'avoir triché.

Et là, l'auteur s'en sort à merveille. Pour tout vous dire sans rien vous révéler, je me suis un peu doutée du problème; à partir du moment où l'histoire devient vraiment incompréhensible, on ne peut pas s'empêcher d'émettre des hypothèse. Je n'avais pas tort en imaginant les miennes, mais j'ai malgré tout été totalement bernée. Dans les dernières pages, Fitzek nous offre plusieurs retournements de situation consécutifs qui laissent pantois le lecteur le plus aguerri. Ca vaut la peine de se traîner jusqu'à l'explication, même si en cours de route on a tendance à s'ennuyer un rien; pas que ça manque d'action, mais plutôt qu'à force de s'enfoncer dans la brume, on aimerait quand même entrevoir la lueur du phare.

Le livre en lui-même n'est pas trop épais - 309 pages édition poche - mais c'est le genre de choses qu'on a du mal à lâcher: on veut savoir ! Et si, une fois qu'on sait, on en reste époustoufflé sans se sentir trahi, moi je dis: c'est un bon thriller. "Thérapie" correspond tout à fait bien à cette définition.

Bref, une chouette lecture que je recommande à tous les amateurs du genre. A commencer pas trop tard dans la journée, au risque d'y passer une nuit blanche...

Friday, 5 February 2010

[Mes lectures] Tête de piaf, de Philippe Crognier

Ce que j'adore dans les livres reçus en partenariats, c'est la magie de la surprise. Même si j'ai la possibilité de choisir de postuler pour tel livre plutôt que tel autre, ce sont généralement des oeuvres que je n'aurais pas achetées par moi-même, tout simplement parce que je ne les connaissais pas. De temps en temps, je tombe ainsi sur une merveille totalement inattendue... comme ce petit livre vert que je vous présente.


Résumé:

Ils sont tous paumés, d'une façon ou d'un autre. Il y a les deux SDF, le gamin traumatisé, le mari confiant mais trompé, la PDG qui en a assez de ne pas pouvoir rire et son chauffeur divorcé... Ils n'ont rien en commun mais ils se retrouvent ensemble au Point du Jour, la grande maison où Robin et Jeannine accueillaient les repris de justice. Parfois il faut une petite pause pour mieux redémarrer.



Mon avis:

Autant le dire tout de suite, ce livre rappelle irrésistiblement "Ensemble, c'est tout", d'Ana Gavalda. En beaucoup plus court: face au pavé de 600 pages de Gavalda, nous avons un petit volume de 108 pages au format un peu étrange (légèrement plus grand et plus allongé qu'un livre de poche classique) et aux lignes aérées. Presque une nouvelle, qui se dévore en deux heures. Face à Gavalda, Philippe Crognier oppose aussi une écriture qui a un peu moins tendance à l'élipse, des phrases un peu plus complètes, quelques descriptions en plus. Et un style un tantinet plus distant: là où Gavalda fait parler les personnages, lui s'amuse plutôt à les suivre de l'extérieur tout en gardant un style très naturel.

Mais là s'arrêtent les différences: j'ai adoré "Ensemble c'est tout" et je suis restée scotchée à "Tête de piaf". En deux ou trois pages, l'auteur nous présente un ou deux nouveaux personnages qu'il rend tout de suite attachants, un petit miracle à chaque fois. Et il recommence au chapitre suivant, et à celui d'après, jusqu'à ce qu'au bout de quelques chapitres on se retrouve face à une belle brochette de bras cassés tous bien implantés dans le coeur du lecteur.

Une fois les ingrédients mis en place, vient le moment de faire prendre la mayonnaise: comme dans "Ensemble, c'est tout", ce petit livre réunit pour quelques semaines de miracle ces cassés de la vie qui vont se réparer ensemble. Avec ici, en plus, une petite touche de vengeance délicieuse à la Amélie Poulain quand elle s'attaque à Collignon. C'est doux, c'est frais, ça fait croire qu'il reste encore de l'espoir quand on touche le fond, ça laisse entrevoir un bonheur simple fait de petites choses et de grandes gens, loin des contingences de la vie. Un peu de naïveté dans un monde de brutes.

Bref, ce n'est peut-être pas une nouveauté dans l'idée mais une très jolie perle qui met les larmes aux yeux le temps d'un instant. Le genre de petites délicatesses à dévorer dans un moment de mélancolie. Soit vous avez comme moi adoré "Ensemble, c'est tout" et vous aurez beaucoup de plaisir à retrouver ce genre d'univers; soit vous ne l'avez pas encore découvert et avant de vous attaquer à ce plat de résistance dans lequel il faut une bonne fourchette pour entrer, je vous conseille de déguster "Tête de Piaf" en amuse-gueule. Vraiment, en ce qui me concerne, un petit coup de coeur et un titre que je recommande.

Un grand merci aux éditions Abel Bécanès, une jeune maison d'édition que je félicite au passage pour les présentation et mise en page très agréables de ce petit livre !

Pour les informations techniques complètes sur ce livre et les avis d'autres lecteurs, c'est sur la fiche Bibliomania. Jetez notamment un oeil à l'avis de Cynthia :)

Thursday, 4 February 2010

"En Europe, les enfants migrants disparaissent dans l'indifférence"

Ca fait un moment que j'ai envie de commencer une nouvelle rubrique sur ce blog: la rubrique "actualité". J'ai déjà, assez rarement, mis en ligne des articles sur ce thème par le passé, mais j'ai maintenant envie d'en faire un peu plus.

Il faut savoir que chaque matin, je lis les infos sur internet, principalement sur des sites belges et français; quand je suis en ligne pendant la journée, je garde un oeil sur les dépêches d'actualité qui me parviennent via Twitter. Ca fait qu'assez souvent, je tombe sur des informations qui me semblent particulièrement pertinentes, surtout internationales, et qui restent pourtant très mal connues. Souvent je les publie sur posterous, et elles aboutissent aussi sur mes comptes twitter, tumblr et facebook. Mais ce n'est alors qu'une mise en ligne rapide de texte brut avec un commentaire qui n'excède pas une phrase ou deux.

Ici, je voudrais publier des extraits d'articles qui m'ont particulièrement interpellée et qui méritent un peu de réflexion. Je les accompagnerai de quelques phrases pour expliquer en quoi ça me paraît si essentiel de savoir ce genre de choses, ce qui me choque ou m'émeut. Bien sûr je ne peux pas garantir une régularité dans les publications, ça dépendra de ce qui me tombe sous les yeux, mais je voudrais avoir un espace où en parler et ce blog est tout indiqué pour ça.

Pour commencer, je viens de tomber sur un article dans le journal Le Monde à propos des enfants immigrés non-accompagnés qui disparaissent en Europe. Voici deux extraits:

Ils viennent de partout dans le monde, d'Afrique, d'Amérique latine, d'Asie, d'Europe de l'Est. En Espagne, la majorité d'entre eux provient du Maroc. Au cours des dernières années, tous les intervenants européens ont constaté à la fois une augmentation de leur nombre et un rajeunissement. Des petits Maghrébins tentent désormais la traversée vers l'Espagne dès 8 ans. En Belgique, des petites Roms de 9 ans sont utilisées par des gangs de cambrioleurs. Dans la région parisienne, les services sociaux ont détecté des Afghans âgés de 12 ou 13 ans.
Une partie des mineurs non accompagnés est placée dans des centres spécialisés. Mais, en moyenne, la moitié d'entre eux disparaît, récupérée par des réseaux et des clans, parfois promise au pire. Les autorités jugent généralement ce phénomène marginal, voire "bénéfique" : l'Office fédéral suisse des réfugiés a évoqué la "soupape" que représentent ces disparitions, qui rempliraient "une fonction clé dans la gestion des flux migratoires"...
(Article de Jean-Pierre Stroobants publié le 05 février 2010 sur www.lemonde.fr - lien direct)

Cet article nous parle d'un phénomène qui arrive devant notre porte, au sein de cette belle Europe dont nous sommes si fiers: nos sociétés ne sont pas capables - ou ne veulent pas - prendre soin d'enfants parce qu'ils ne sont pas nés parmi nous. Ces jeunes ont été envoyés par des adultes, ou ont cru aux mensonges des adultes qui leur ont promis une vie mille fois meilleures loin de chez eux, et ils sont abandonnés comme des chiens qu'on attache à un arbre. Notre police, nos services sociaux devraient être là pour les recueillir, les protéger et éventuellement les renvoyer là où ils doivent être, auprès des leurs. Mais la moitié d'entre eux "disparaissent". Ca veut dire qu'au mieux on les cache, ce qui rend impossible scolarisation, soins de santé et autres nécessités, soit on les exploite et on peut imaginer le pire. En d'autres mots, ces enfants sont kidnappés, parce qu'à ma connaissance le terme de kidnapping ne se limite pas aux petits Européens. Et personne n'en sait rien, ceux qui le savent ne disent rien ou même, comme l'Office fédéral suisse des réfugiés, s'en réjouissent... Ils ne valent rien parce qu'ils ne sont pas d'ici et qu'ils n'ont pas de parents pour les défendre.

On est bien loin de nos beaux idéaux des droits de l'enfant, ceux qu'on brandit avec tant de conviction face aux autres pays du monde. Je veux croire que l'Office fédéral suisse des réfugiés a été cité hors-contexte et n'oserait pas faire preuve d'autant de cynisme. Mais il reste que c'est quelque chose que nous devons savoir, encore un cas où nous devons à tout prix balayer devant notre porte.