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Wednesday, 28 January 2015

Devoir de mémoire

Ces jours-ci, on entend beaucoup parler d'Auschwitz et de l'holocauste à l'occasion du 70ème anniversaire de la libération d'Auschwitz. Ce massacre inimaginable est tellement énorme, a été perpétré avec un tel cynisme et dans de telles proportions qu'il m'est impossible de percevoir son immensité ou d'entrevoir l'état d'esprit qui a pu aboutir à sa mise en marche. Mais parfois, pour appréhender ne serait-ce qu'un tout petit peu quelque chose qui aussi difficile à entrevoir, il faut se pencher sur les détails. Alors pour célébrer cet anniversaire, je vous offre trois petits bouts de mémoire : un document, un nom, un lieu. 

Un document : le télégramme "Höfle".
Il a été envoyé le 11 janvier 1943, intercepté et décrypté par les Anglais, qui n'ont pas compris sa signification. Redécouvert en 2000, il a enfin dévoilé son terrible secret : c'est un compte-rendu du nombre de personnes éliminées en application de l'opération "Reinhart", l'opération qui visait à éliminer les Juifs, Roms et autres Tziganes de Pologne. Le télégramme dénombre les arrivants dans les camps d'extermination de Majdanek (L), Treblinka (T), Sobibor (S) et Belzec (B) jusqu'au 31 décembre de cette année-là. Avec un total de 1 274 166. Le nombre de victimes massacrées, minutieusement rapporté par les bourreaux. Un nombre tel que l'imagination ne peut pas le concevoir. Des personnes, des hommes, des femmes, des enfants. Et ce n'était que le début.

Un nom : Max Heiliger. C'est le nom sous lequel étaient enregistrés les comptes en banque qui contenaient les objets de valeur volés aux victimes des camps d'extermination sur les lieux même de leurs assassinats : les dents en or, les alliances, jusqu'aux montures de lunettes en métaux précieux. Il fallait bien "blanchir" tout cet or, l'entreposer en sécurité, alors le président de la Reischbank imagina ce client particulier : "Heiliger", de heilig, "saint", puisque ce client était déjà au ciel... Le cynisme à l'état pur.

Et enfin, un lieu : Belzec, en Pologne, un camp d'extermination.  On parle beaucoup d'Auschwitz, parce qu'après la guerre il reste des bâtiments à visiter et des survivants pour en parler. Mais Belzec était un camp d'extermination pur qui a fermé en 1943 ; les Allemands l'ont entièrement démonté, ont passé un an à exhumer les corps, à les brûler, jusqu'à réduire les os en poussière pour dissimuler leurs méfaits. Il n'y a eu que deux survivants connus, et un seul qui ait vécu assez longtemps pour témoigner ; personne pour identifier les nazis qui ont participé à ce massacre, et par conséquent une seule condamnation (à 4 ans et demi d'emprisonnement...).  Et pourtant, on estime le nombre de victimes entre 450 000 et 600 000. Le troisième camp le plus meurtrier après Auschwitz et Treblinka. Celui dont on ne sait rien, celui dont les victimes ont réellement été éliminées, jusqu'au bout.

Ca fait 70 ans. J'espère qu'on en parlera encore dans 100 ans, qu'on n'oubliera jamais, jusqu'aux moindres détails.

Friday, 9 January 2015

#JeSuisCharlie

A l'époque qui est la nôtre, il n'est plus possible d'ignorer un attentat contre la presse française, même quand on habite à des milliers de kilomètres de là. Il n'est plus non plus possible de ne pas réagir, surtout quand on a une certaine présence sur les réseaux sociaux. N'importe quel autre sujet paraît superficiel quand le monde entier chante (presque) à l'unisson : "Je suis Charlie" ! 

Et pourtant, les choses sont loin d'être aussi simples que ça. La situation de départ est assez claire : des assassins ont tué des innocents en représailles contre un journal trop audacieux dans ses caricatures. On s'est attaqué à la liberté de la presse et pour une fois (à peu près) toute la France est d'accord pour considérer cet acte comme totalement inacceptable, dangereux, insupportable. Dans ce sens-là, nous sommes tous Charlie. 

Mais si l'on y regarde d'un peu plus près, rien n'est simple au fond. Comment comprendre les motivations des tueurs ? Comment ont-ils pu croire un seul instant qu'ils allaient museler la presse en "punissant" ceux qui en sont les représentants les plus "coupables" à leurs yeux ?  Comment croire qu'un meurtre odieux allait pouvoir mettre au pas le pays des droits de l'homme ? On peut imaginer que les bouchers qui égorgent des journalistes dans des pays en guerre ont une chance de faire reculer la presse étrangère qui témoigne des horreurs dont ils sont les coupables. Mais quel peut bien être le but d'un terroriste en France ?  Ils ne sont pas assez puissants que pour imposer la terreur qu'ils se permettent dans d'autres pays soumis au chaos ; ils peuvent tout juste arriver à réveiller la cohésion des Français dans leur colère, voire, malheureusement, à rendre la vie plus difficile aux musulmans de France. C'est tellement évident ; alors pourquoi ?  Et pourquoi personne ne se pose-t-il la question ?

Il y a le problème de la cible, aussi. Charlie Hebdo était un magazine satirique, provocateur, et en tant que victimes, on ne retient que la liberté d'esprit qui en a fait des cibles. Mais affirmer "Je suis Charlie" donne l'impression que je cautionne leur ligne éditoriale, que j'ai toujours trouvée vulgaire et inutilement provocante. On trouve anormal que des musulmans soient blessés par la représentation de leur prophète, une marque d'irrespect pour leur religion ; mais si Charlie Hebdo avait publié une caricature s'amusant du sort des victimes de Dutroux, est-ce qu'on aurait trouvé ça comique ? Peut-on vraiment rire de tout ?  On est d'accord, personne ne mérite d'être assassiné pour avoir dépassé les bornes de l'humour. Mais j'ai du mal à écrire "Je Suis Charlie" dans ces conditions ; je ne partage pas leur humour ni leurs choix éditoriaux et politiques, et encore moins leur courage. 

Enfin, je ressens un certain malaise à l'idée de pleurer aussi fort la mort de 12 personnes quand, le même jour, Boko Haram a détruit 16 villages au Nigéria et un attentat au Yémen devant une école de police a tué 37 jeunes hommes et en a blessé 66. Vous allez me dire que l'attaque de Charlie Hebdo a une portée symbolique car elle visait la presse et sa liberté d'expression ; mais les autres attentats visaient à intimider une population et remettre en cause sa capacité à assurer sa propre sécurité, un symbole tout aussi puissant. Vous allez aussi me dire que ces pays sont en guerre, tandis qu'en France on ne s'attend pas à un tel degré de violence, ce qui est d'autant plus choquant ; et je comprends ça, mais moi je suis loin, et vu d'ici un mort est un mort. 

C'est beau de voir le quasi consensus de la société civile, du monde politique et de la presse pour se montrer solidaire envers les victimes et refuser de se laisser intimider. C'est moins beau de découvrir les réactions de violence contre les mosquées et les conflits autour de l'organisation de la manifestation nationale. Ce n'est pas une situation simple. Même s'exprimer est compliqué. On est si vite mal compris...

Il y a une chose que je sais pourtant avec certitude : il y a eu un meurtre odieux et des victimes choisies parce qu'elles tenaient à s'exprimer librement. Rien ne peut justifier cela et un tel acte ne doit surtout pas remettre en cause la liberté de la presse et, par extension, la démocratie. Alors oui, même de loin, même si des attentats tout aussi atroces se déroulent quasiment tous les jours, #JesuisCharlie par solidarité, pour qu'ils n'aient pas le dernier mot. 



Thursday, 1 January 2015

En 2015, je vous souhaite d'être optimiste ! In 2015, I wish you to be optimistic!

En ce premier janvier, je vous souhaite à tous une excellente année 2015 !  Mais si je peux faire un vœu un peu plus spécifique, je vous souhaite une année pleine d'optimisme. Lorsqu'on est pris dans une vie palpitante où nous sommes sans cesse assailli par des informations déprimantes, il est parfois difficile de prendre suffisamment de recul pour voir à quel point, au fond, la vie est belle... Les discours du genre "c'était mieux avant" ou "l'homme est un loup pour l'homme" font oublier à quel point l'humanité progresse sans cesse vers plus de richesse, plus de compassion et plus de paix. Suis-je naïve ?  Je ne crois pas : j'ai des chiffres pour prouver ce que je dis et certains journalistes sont d'accord avec moi. L'homme est parfois terrible et parfois magnifique. Ce que je vous souhaite pour 2015 c'est de vous laisser émouvoir par sa beauté au lieu de ne voir que ce qui doit encore être amélioré... Soyons optimistes ! 


On this first day of the year, I wish you all a very happy 2015! But if I can make a wish a little more specific, I wish you a year full of optimism. When caught in a thrilling life where we are constantly assailed by depressing news, it is sometimes difficult to keep a global overview and see how beautiful life actually is... We too often hear negative comments such as "it was better before" or "man is a wolf to man" and we tend to forget how humanity is progressing towards ever more wealth, more compassion and more peace. Am I naive? I do not think so and I have the numbers to prove it! Mankind is sometimes terrible and sometimes beautiful. My wish for you for 2015 is to let yourself be moved by its beauty instead of seeing only what needs to be improved ... Let's be optimistic!

Friday, 28 November 2014

Mariage pour tous mais pas partout de la même façon...

Vivre dans un autre pays que celui d'où on vient, c'est aussi avoir l'avantage de pouvoir envisager certaines choses avec un regard un peu plus "international" que le citoyen moyen. Une question de société particulière récente se prête particulièrement bien à un petit exercice de sociologie politique comparée : la question du "mariage pour tous", ou l'extension du mariage aux couples homosexuels. 

La Belgique fut le deuxième pays du monde à accorder le droit de se marier aux personnes du même sexe, en 2003, sur la base d'un consensus à la fois de la population et de la classe politique, à l'exception du Conseil d'Etat ; l'ouverture du droit de filiation (et d'adoption) a suivi en 2006. A l'époque, tout est passé comme une lettre à la poste, dans un climat qui tournait plutôt à la fierté nationale qu'à l'émeute. Depuis lors ce droit n'a jamais été remis en question.

En France, le projet de loi sur le "mariage pour tous" est passé en 2013, après des mois et des mois de débat violent, d'émeutes, de manifestations, contre-manifestations et contestations massives, organisées par les organisations religieuses et politiques de droite. Mes petits yeux belges ont eu du mal à vraiment saisir les raisons pour toutes ces violences verbales et physiques, cet acharnement qui avait l'air de se baser plus sur le principe "seul les hétérosexuels doivent avoir le droit de se marier" que sur toute autre justification plus compréhensible à mes yeux, comme le bien-être des enfants du couple. Un an après, je suis encore plus étonnée de la façon dont la paix est revenue aussi brutalement que la lutte s'était amorcée. 

Et en Finlande... c'est encore plus surprenant : dernier pays nordique à ne pas encore accorder le mariage aux couples de même sexe, une discussion sérieuse sur le sujet a été lancée dès 2010 et une proposition de loi dans ce sens a été présentée au parlement en 2012. Elle fut refusée, de justesse, par le comité des affaires légales. Qu'à cela ne tienne, car depuis 2012 les citoyens finlandais ont la possibilité de proposer une modification législative sous forme d'initiative citoyenne qui, si elle recueille 50 000 signatures, est automatiquement examinée par le Parlement. L'initiative lancée en 2013 a obtenu en un seul jour 90 000 signatures, 166 000 au total, tandis que les sondages constataient une large majorité des citoyens en faveur du mariage homosexuel.  La proposition de loi fut donc renvoyée devant le comité des affaires légales, qui à nouveau la refusa en juin, ce qui eut pour effet de la reporter devant la session plénière du parlement cet automne, qui a dû examiner cette semaine s'il suivait l'avis négatif de la commission des affaires légales et rejetait définitivement le projet de loi... 

Les débats ont donc été assez surprenants : une majorité de citoyens pour, qui ont fait fleurir un peu partout les mots "tahdon 2013" ("je le veux", le "oui" traditionnel du mariage en finnois), mais des parlementaires plutôt contre le mariage homosexuel ; une église luthérienne qui s'est prononcée de façon répétée en faveur du mariage homosexuel (oui oui !) face à un parti chrétien-démocrate férocement contre ; et au final un tel mic-mac au sein même de chaque parti que les parlementaires ont reçu, pour une fois, une entière liberté pour voter en fonction de leur conscience. J'ai même eu la surprise d'assister à des débats sur le sujet entre Finlandais qui normalement ne parlent jamais de politique ! Le débat est pourtant, autant que je puisse en juger, resté courtois et raisonnable, centré en grande partie sur le droit à l'adoption. Il a même eu droit à une petite touche d'humour quand un parlementaire ouvertement homosexuel a demandé au président du parti d'extrême droite, ouvertement opposé au mariage pour tous, s'il aurait le droit de l'embrasser après le vote...

Résultat : beaucoup de suspense et, cet après-midi, un vote relativement serré de 105 voix contre 92 (et un absent) en faveur de la poursuite du projet de loi. Je ne suis pas tout à fait certaine que la loi est déjà adoptée définitivement, mais c'est en tous cas un grand pas en avant. C'est aussi un grand pas en avant pour la démocratie, puisque depuis 2012 c'est la première initiative citoyenne à aboutir. Et encore une preuve que la démocratie s'exprime de façon très différente en fonction des pays....




Sunday, 23 March 2014

Ukraine, Finlande, même combat ? / Ukraine, Finland, same problems?

Ce n'est pas facile d'avoir un voisin puissant quand on est un (relativement) petit pays coincé entre deux mastodontes politiques. Demandez à l'Ukraine, qui à force de vaciller entre la Russie et l'Europe vient de perdre un bon bout de territoire. Et ça, ça rappelle de mauvais souvenir à la Finlande. 

En novembre 1939, la Russie se dit que se serait bien d'avoir un peu plus de territoire autour de Leningrad (actuelle Saint Petersbourg), qui est située très près de la frontière, en cas d'attaque de l'Allemagne. Staline ne fait ni une ni deux et envahit la petite Finlande, persuadé que sa belle armée entrera comme dans du beurre dans ce petit territoire quasiment sans armée. Pas du tout : les paysans finlandais se battent comme des lions et profitent à la fois de l'hiver particulièrement rude et de leur connaissance du terrain pour défendre leur pays avec une efficacité surprenante. Après 104 jours d'enfer pour les deux parties, un traité est signé : la Finlande perd 10% de son territoire, 20% de son potentiel industriel et la deuxième ville du pays, mais garde sa souveraineté. 

Il n'empêche que pour les cinquante ans suivant, les Finlandais se retrouvent dans une position difficile : en pleine guerre froide, comment garder son indépendance tout en étant à la merci de l'armée puissante du voisin ? La seule chose à faire c'est de se faire tout petit et surtout, surtout ne pas fâcher les Russes, une politique qu'on appellera (péjorativement) la "finlandisation". Et ses effets se font encore sentir ; par exemple, la Finlande n'a jamais fait partie de l'OTAN, à l'origine parce que l'URSS le lui a interdit.

Alors évidemment, les événements récents en Ukraine rappellent de mauvais souvenirs par ici. Plusieurs représentants de l'armée se sont même exprimés publiquement pour rassurer leurs concitoyens : non, la Russie n'osera (plus) jamais attaquer la Finlande, nous ne sommes pas comme ces pays de l'est qui se sont déjà fait envahir.  Mais le débat est relancé : faut-il ou ne faut-il pas joindre l'OTAN ? Ou à défaut, faudrait-il se lancer dans une alliance militaire avec l'autre voisin, la Suède ? D'après les derniers sondages, les Finlandais n'ont pas vraiment peur d'être attaqués par la Russie. Il n'empêche, quand on se met à interpréter les discours de Poutine pour deviner s'il s'y glisse une menace voilée destinée à la Finlande, c'est qu'il y a quand même un peu de nervosité.

Et puis, à nouveau, la Finlande se retrouve prise entre deux feux : d'un côté, elle n'approuve évidemment pas l'intervention de la Russie en Crimée, mais de l'autre, les sanctions financières imposées à la Russie affectent aussi le pays. Exemple concret : deux oligarches directement visés par les sanctions américaines sont depuis peu propriétaires du premier club de hockey d'Helsinki et d'un de ses principaux stades, ce qui n'est pas rassurant pour l'avenir de ces "joyaux sportifs" nationaux...


It's not easy to have a powerful neighbor when you are a (relatively) small country wedged between two political giants. Ask the Ukraine, which after vacillating between Russia and Europe has lost a good bit of territory. And that brings back bad memories to Finland.

In November 1939, Russia thought that would be nice to have a little more territory around Leningrad (now Saint Petersburg), which is located frighteningly close to the border in case of attack by Germany. So Stalin didn't think about it too long and invaded Finland, convinced that his fine army would easily get the best of the small defenseless neighbour. He didn't expect Finnish farmers to fight like lions; with the benefit of both a particularly harsh winter and their knowledge of the field, they were able to defend their country with surprising efficiency. After 104 days of hell for both parties, a treaty was signed: Finland lost 10 % of its territory, 20% of its industrial potential and the country's second city, but retained its sovereignty.


Nevertheless, for the following fifty years, the Finns were in a difficult position: in the midst of the Cold War, how to keep its independence while being at the mercy of the neighbor's powerful army? The only thing to do is to remain as non-threatening as possible and never, never upset the Russians, a policy that would be be called (pejoratively) "Finlandization". And its effects are still being felt today; for example, Finland has never been part of NATO, primarily because the USSR would prohibit it.


So obviously, the recent events in Ukraine recall bad memories here. Several representatives of the military have even expressed themselves publicly to reassure their fellow citizens that Russia would never (again) dare attack Finland, that we are not like those eastern countries that have already been invaded. But the debate is reignited: should we or should we not join NATO ? Or failing that, should the country get into a military alliance with another neighbor, Sweden? According to the latest polls, Finns do not really fear being attacked by Russia. Nevertheless, when one begins to interpret Putin's speeches to try and guess whether they contain veiled threats directed at Finland, it means that there is still a bit of nervousness.


And then, Finland is once again caught between a rock and a hard place: on one side, the country obviously does not approve the intervention of Russia in the Crimea, but on the other, financial sanctions also affect Finland. Case in point: two oligarchs directly affected by the U.S. sanctions have recently acquired the first hockey club in Helsinki and one of its main stadiums, which is not reassuring for the future of these national "sporting jewels"..

Friday, 6 December 2013

Ne pleurez pas la mort de Nelson Mandela

« J'ai dédié ma vie à la lutte pour le peuple africain. J'ai combattu la domination blanche et j'ai combattu la domination noire. J'ai chéri l'idéal d'une société démocratique et libre dans laquelle tous vivraient ensemble, dans l'harmonie, avec d'égales opportunités. C'est un idéal que j'espère atteindre  et pour lequel j'espère vivre. Mais, si besoin est, c'est un idéal pour lequel je suis prêt à mourir. » 
J'étais trop jeune à la libération de Mandela pour vivre cet évènement en direct, trop jeune aussi que pour apprécier l'importance qu'a eu la fin de l'apartheid en Afrique du Sud. On parle souvent de ses années passées en prison, mais combien de prisonniers politiques ont perdu leur vie en essayant de sauver leur pays?

Grâce à sa mort et aux nombreux articles publiés à cette occasion (dont la superbe nécrologie du Monde), je découvre ce que j'ignorais. Non, Mandela n'est pas un prisonnier comme les autres, parce qu'il a eu l'occasion de sortir de nombreuses années plus tôt, et l'a refusé pour continuer à faire valoir ses idéaux. Oui, c'est une sorte de saint, parce qu'après avoir passé la majorité de sa vie d'adulte en prison injustement, il n'a pas prêché la vengeance, n'a pas montré de colère, mais s'est battu pour la réconciliation et a offert son pardon.  Oui, c'est un héros politique, car en dix ans seulement, il a sorti son pays de l'apartheid, rétabli l'égalité entre noirs et blancs après des décennies (voire des siècles) de racisme institutionnalisé, et ceci en évitant la guerre civile qui a déchiré tous les autres pays d'Afrique dans les mêmes circonstances. Et il a dirigé un pays moderne tout en conservant sa dignité de prince africain.

En réalité, il ne faut pas pleurer la mort de Mandela, car c'est la fin d'une vie réussie, la vie d'un homme qui a accompli ses idéaux. Ce qu'il faut pleurer, c'est l'absence d'autres Mandelas en Afrique qui en a tant, tant besoin. 

Friday, 13 September 2013

Un point bleu pâle / Pale blue dot

Hier, il est arrivé quelque chose de tout à fait exceptionnel et d'entièrement universel ; un événement que l'imagination humaine peut à peine saisir. La Nasa vient d'annoncer qu'après 36 ans de périple, la sonde Voyager 1 a dépassé les confins du système solaire. Pour la première fois, un objet humain et un message de l'humanité sont entrés dans le grand vide de l'univers. Notre petite planète a envoyé un petit mot en bouteille dans la mer de l'infini.

A cette occasion, j'ai découvert qu'en 1990, la même sonde Voyager a pris une photo extrêmement touchante. Elle nous montre la terre depuis une distance de 6,4 milliards de kilomètres, sous la forme d'un petit point bleu pâle perdu dans le noir. Le scientifique Carl Sagan, à la demande de qui cette photo a été prise, en a dit ceci :

« Regardez encore ce petit point. C'est ici. C'est notre foyer. C'est nous. Sur lui se trouvent tous ceux que vous aimez, tous ceux que vous connaissez, tous ceux dont vous avez entendu parler, tous les êtres humains qui aient jamais vécu. Toute la somme de nos joies et de nos souffrances, des milliers de religions aux convictions assurées, d'idéologies et de doctrines économiques, tous les chasseurs et cueilleurs, tous les héros et tous les lâches, tous les créateurs et destructeurs de civilisations, tous les rois et tous les paysans, tous les jeunes couples d'amoureux, tous les pères et mères, tous les enfants plein d'espoir, les inventeurs et les explorateurs, tous les professeurs de morale, tous les politiciens corrompus, toutes les “superstars”, tous les “guides suprêmes”, tous les saints et pécheurs de l'histoire de notre espèce ont vécu ici, sur ce grain de poussière suspendu dans un rayon de soleil.
La Terre est une toute petite scène dans une vaste arène cosmique. Songez aux fleuves de sang déversés par tous ces généraux et ces empereurs afin que nimbés de triomphe et de gloire, ils puissent devenir les maîtres temporaires d'une fraction d'un point. Songez aux cruautés sans fin imposées par les habitants d'un recoin de ce pixel sur d'indistincts habitants d'un autre recoin. Comme ils peinent à s'entendre, comme ils sont prompts à s'entretuer, comme leurs haines sont ferventes. Nos postures, notre propre importance imaginée, l'illusion que nous avons quelque position privilégiée dans l'univers, sont mis en question par ce point de lumière pâle. Notre planète est une infime tache solitaire enveloppée par la grande nuit cosmique. Dans notre obscurité - dans toute cette immensité - il n'y a aucun signe qu'une aide viendra d'ailleurs nous sauver de nous-mêmes. La Terre est jusqu'à présent le seul monde connu à abriter la vie. Il n'y a nulle part ailleurs, au moins dans un futur proche, vers où notre espèce pourrait migrer. Visiter, oui. S'installer, pas encore. Que vous le vouliez ou non, pour le moment c'est sur Terre que nous prenons position.
On a dit que l'astronomie incite à l'humilité et fortifie le caractère. Il n'y a peut être pas de meilleure démonstration de la folie des idées humaines que cette lointaine image de notre monde minuscule. Pour moi, cela souligne notre responsabilité de cohabiter plus fraternellement les uns avec les autres, et de préserver et chérir le point bleu pâle, la seule maison que nous ayons jamais connue. »


PaleBlueDot
By NASA (NASA) [Public domain], via Wikimedia Commons

Yesterday, something truly amazing and truly universal; an event hardly conceivable by a human mind. The Nasa just announced that after a voyage of 36 years, the Voyage 1 space probe has left the solar system. For the very first time, a human made object and a message from humanity have entered the great emptiness of outer space. Our little planet has sent a note in a bottle in the great depth of the universe.

At this occasion, I found out that in 1990, that same Voyager 1 has taken a very touching photograph. It shows us, from a distance of 6,4 billions of kilometers, our mother Earth as a tiny pale blue dot lost in neverending darkness. The scientist Carl Sagan, who had asked for this picture to be taken, summed up its meaning in these words:
From this distant vantage point, the Earth might not seem of any particular interest. But for us, it's different. Consider again that dot. That's here. That's home. That's us. On it everyone you love, everyone you know, everyone you ever heard of, every human being who ever was, lived out their lives. The aggregate of our joy and suffering, thousands of confident religions, ideologies, and economic doctrines, every hunter and forager, every hero and coward, every creator and destroyer of civilization, every king and peasant, every young couple in love, every mother and father, hopeful child, inventor and explorer, every teacher of morals, every corrupt politician, every "superstar," every "supreme leader," every saint and sinner in the history of our species lived there – on a mote of dust suspended in a sunbeam.

The Earth is a very small stage in a vast cosmic arena. Think of the rivers of blood spilled by all those generals and emperors so that in glory and triumph they could become the momentary masters of a fraction of a dot. Think of the endless cruelties visited by the inhabitants of one corner of this pixel on the scarcely distinguishable inhabitants of some other corner. How frequent their misunderstandings, how eager they are to kill one another, how fervent their hatreds. Our posturings, our imagined self-importance, the delusion that we have some privileged position in the universe, are challenged by this point of pale light. Our planet is a lonely speck in the great enveloping cosmic dark. In our obscurity – in all this vastness – there is no hint that help will come from elsewhere to save us from ourselves.


The Earth is the only world known, so far, to harbor life. There is nowhere else, at least in the near future, to which our species could migrate. Visit, yes. Settle, not yet. Like it or not, for the moment, the Earth is where we make our stand. It has been said that astronomy is a humbling and character-building experience. There is perhaps no better demonstration of the folly of human conceits than this distant image of our tiny world. To me, it underscores our responsibility to deal more kindly with one another and to preserve and cherish the pale blue dot, the only home we've ever known.

Tuesday, 3 April 2012

Batman et les enfants malades / Batman and the sick kids

Il y a longtemps, j'ai crée une rubrique "actualités" que je n'alimente pas suffisamment. Il faut dire que l'actualité, en général, c'est beaucoup de choses moches : des bus ou des avions qui se crashent, des coups d'états qui viennent ébranler des pays déjà pauvres, des politiciens qui racontent beaucoup de bêtises, des révolutions qui tournent au bain de sang...  Je suis trop sensible pour parler de tout ça.

Mais parfois, il y a de la bonne info, celle qui fait sourire, et ça je n'hésite pas à partager. Par exemple, saviez-vous que Batman existe vraiment ? Depuis que Gotham City a cassé son projecteur, on ne le voit plus faire la une des cinémas, mais qu'importe : il est toujours aussi actif, dans l'ombre.  On le sait parce que la semaine passée, il s'est fait arrêter par la police à cause de ses plaques non-réglementaires (forcément, il y avait le sigle de Batman dessus).  Tout a été filmé et la vidéo a fait le buzz aux Etats-Unis ce week-end. Les policiers médusés l'ont vu sortir ses vraies plaques de sa voiture, ont vérifié son identité, on posé pour la photo puis l'ont laissé repartir après un bout de conversation. 




Mais où allait-il ?  A l'hôpital. Car Batman n'est pas malade, mais il y a des enfants qui le sont. Batman (de son vrai nom Lenny B. Robinson, un businessman qui a vendu son entreprise) vient les aider à combattre de vilaines maladies comme le cancer.  Dans un costume fait sur mesure et sa Lamborghini customisée, il leur rend visite, signe des autographes et distribue toutes sortes de jouets à son image. Il leur dit que ça va les aider à combattre la maladie. Il dépense une petite fortune pour ça, mais dans son costume de justicier il se sent utile, et les médecins sont d'accord : pour ces enfants enfermés pendant des semaines ou des mois à l'hôpital, un moment de rêve est si précieux. 

Batman fait ce boulot depuis longtemps et en-dehors des policiers qui l'ont aidé lorsqu'il a eu un pneu crevé ou qui l'ont verbalisé quand il avait le batpied trop lourd, personne n'avait entendu parler de lui.  Il ne se vante pas. Mais cette fois-ci, la vidéo a fait le buzz et un journaliste a raconté son histoire. 

Une belle histoire à mon avis. Une histoire de quelqu'un qui a les moyens et les utilise pour devenir un héros de l'ombre, un vrai. Une histoire qui m'a faite sourire ce matin et qui je l'espère vous fera sourire vous aussi.



Some time ago, I created a "World News" tag that I rarely use anymore. This is because the world news are honestly too dark to make me wish to share them. But sometimes, a news item makes me smile and deserves to be spread. This was the case of the Batman story that started with the super-hero being recorded when meeting the police for an illegal license plate. The video is up here, and the story is much better told by Mike Rosenwald at the Washington Post than by me. Enjoy - if you haven't heard of it already!


Thursday, 8 March 2012

Pour la journée de la femme, offrez-lui un tourne-vis

Aujourd'hui c'était, paraît-il, la journée internationale de la femme.  Ou plutôt, la Journée Internationale des Droits de la Femme. Il y a une grosse différence entre ces deux termes.

Celui qui célèbre les droits de la femme met l'accent sur les changements dans la société nécessaires pour assurer une égalité des droits entre hommes et femmes. C'est une bagarre qui a bien avancé en une génération et dans certains pays, mais qui n'est pas encore gagnée. Aux Etats-Unis notamment, une actualité récente nous montre quelques exemples aberrants de machisme. Comme cette jeune étudiante qui défend le droit au remboursement de la contraception, et qui se fait traiter publiquement de prostituée - comme si faire des bébés (ou ne pas en faire) était uniquement une affaire de femmes. Cet article (en anglais) relate plusieurs exemples récents de sexisme ordinaire. 

Mais même dans le meilleur des mondes, la protection des droits de la femme est un exercice d'équilibriste constant, notamment quand il s'agit de compenser les effets de la maternité sur la carrière. Protéger les femmes ne doit pas vouloir dire les favoriser, car ce que nous voulons c'est l'égalité. Mais parfois ne pas favoriser revient à accepter de graves injustice. Dans cette optique, une journée des droits de la femme permet, pour un jour, d'attirer l'attention sur ces problématiques qui ne seront jamais tout à fait résolues.

Le problème est que pour beaucoup de monde, maintenant, cette journée est devenue la journée de la femme. C'est un jour où les hommes se doivent de gâter ces dames, leur souhaiter une bonne journée et leur offrir des fleurs ou des cadeaux. Et là, je ne suis plus d'accord, car c'est tout à fait contre-productif. Considérer que cette journée est celle de la femme, c'est soit considérer que le reste de l'année appartient à l'homme, soit que la femme, uniquement parce qu'elle est femme, a besoin d'attentions en ce jour particulier. C'est aller entièrement à contre-courant de l'idée d'égalité. D'ailleurs, par définition, les cadeaux que l'on offre ce jour-là sont le fruit de préjugés sexistes : qu'offre-t-on à une femme uniquement parce qu'elle est femme ? Ce qu'on pense que toutes les femmes aimeront uniquement parce qu'elles sont femmes. 

Consacrer un jour aux dames et demoiselles revient à reconnaître qu'elles sont fondamentalement différentes de ces messieurs. Et là je ne suis pas d'accord. La seule chose qui différentie fondamentalement un homme et une femme, ce sont des attributs physique que nous connaissons tous. Le reste est lié à la personnalité de chacun et à l'éducation que l'on reçoit. Je m'insurge contre l'idée que des tas de femmes n'envisagent même pas une carrière de camionneuse ou de mécanicienne parce que ce sont des trucs d'hommes. Tout comme je m'insurge contre le fait que si peu d'hommes sont infirmiers ou assistants sociaux alors que nombre d'entre eux ont toutes les capacités et affinités requises. Il n'y a pas tant que ça de boulots qui demandent une telle force physique qu'ils sont réservés aux hommes. Tout comme il n'est pas normal que tant de jeunes pères se contentent de changer une couche de temps à autre alors qu'ils pourraient s'occuper d'un nouveau-né aussi bien qu'une mère (excepté pour l'allaitement bien sûr) et y prendre autant de plaisir. Tous les préjugés qui nous enferment dans des chemins prédéterminés devraient être combattus.

Alors quitte à faire une "Journée de la femme", changeons la formule et utilisons-la pour changer les mentalités. Messieurs qui voulez en toute bonne volonté montrer à vos compagnes que vous les respectez à l'égal de votre propre sexe, laissez tomber les fleurs ou les cosmétiques. Penchez-vous plutôt sur vos propres passions, celles que vous ne penseriez même pas à partager avec une femme, et partagez-les. Offrez à madame votre magazine de tuning préféré, emmenez-la dans votre atelier au fond du garage, offrez-lui un tourne-vis, proposez-lui une petite partie de foot. Peut-être qu'elle aimera, après tout, et ce sera un horizon bouché par les préjugés en moins.

Ou bien, faites l'inverse : réfléchissez à ce que vous ne songeriez  pas à faire uniquement parce que vous êtes un homme, et faites-le, juste aujourd'hui. Tentez la machine à coudre, attrapez les aiguilles à tricoter, penchez-vous sur le scrapbooking, préparez le repas du petit. En combattant vos propres préjugés vous découvrirez que non, votre chromosome Y ne vous limite pas autant que vous ne le croyez.

En fait l'idéal ce serait non pas d'avoir une journée de la femme, mais une journée de l'égalité des sexes. Et les hommes comme les femmes pourraient tenter les deux activités proposées ci-dessus. Lançons-nous et découvrons tous ces plaisirs que nous nous refusons à cause d'une bête différence de chromosome.

Je me souviens du même jour il y a quelques années. Mon ours venait de rentrer du boulot et il m'explique qu'il a acheté des friandises pour ses collègues féminines. Je lui demande : "Ben et pour moi alors ?"  Et là il me regarde avec un air d'incompréhension, puis je le vois réaliser que oui, je suis bien une femme, et enfin rougir de l'avoir oublié... J'ai bien rigolé sur le moment, mais j'ai aussi apprécié le fait que pour lui, je ne sois pas vraiment une femme mais plutôt une partenaire si peu différente.  Je vous souhaite à toutes la même chose.

Tuesday, 13 December 2011

Aurores boréales finlandaises / Northern lights in Finnish Lapland

Il y a quelques temps, l'agence finlandaise de promotion du tourisme a publié sur YouTube une magnifique vidéo d'aurores boréales filmées en Laponie finlandaise. Cette vidéo a eu tellement de succès qu'elle a créé un mini-incident diplomatique : la Norvège s'est plainte du fait que les aurores boréales sont plus nombreuses chez eux et que ce genre de vidéos promotionnelles donnait la fausse idée qu'il faut aller en Finlande pour voir ces belles images. Réponses des Finlandais : oui, les aurores sont plus fréquentes en Norvège, mais elles y sont aussi plus souvent cachées par des nuages du fait de la proximité de la mer... Aux dernières nouvelles, la Norvège envisageait d'enregistrer la marque "Aurores Boréales" à son compte. Hum...


Some time ago, the Finnish tourism promotion agency published on YouTube a wonderful video showing Norther Lights and recorded in Finnish Lapland. This video was so successful that it created a mini-diplomatic incident: Norway complained that, although Northern Lights are more frequent in that country, the Finnish video gave the false impression that tourists had to go to Finland in order to enjoy the phenomenon. The Finns answered that “While the likelihood of spotting Northern Lights is greater on Norway’s northern coast than in central Lapland, it’s often cloudier and rainier on the coast,” (says geophysicist Tero Raita of Oulu University). Last time I heard of this matter, Norway had attempted registering the Northern Lights phenomenon as a national brand. Hum...

Wednesday, 7 December 2011

Madame Angry Birds / Ms. Angry Birds

Hier, six décembre, était le jour de l'Indépendance finlandaise.  Je vous ai déjà parlé sur ce blog de la tradition qui accompagne ce jour-là : la Présidente invite tout ce qui compte dans le pays pour un grand bal et prend le temps de serrer la main à chacun des plusieurs milliers d'invités. Les télévisions retransmettent l'événement en direct et chaque année, les journaux élisent les robes les plus remarquables.  

Cette année, la palme revient sans conteste à Teija Vesterbacka, l'épouse de Peter, créateur de Rovio et donc papa des Angry Birds. La dame a profité de l'occasion pour faire un joli buzz publicitaire en portant une tenue à l'image des oiseaux colériques qui font la fortune de son mari.  Et ca marche, puisqu'on en parle jusqu'aux USA. Voilà une épouse qui va loin pour soutenir le business de son mari !




Yesterday, December 6, was Finland's Independance Day. I already wrote on this blog about the tradition for that occasion: the President invites everyone that matters in the country for a big ball and shakes hands with every single one of her thousands of guests. TV channels broadcast the event live and every year, newspapers highlight the most remarquable dresses.

This year, the prize is certainly awarded to Teija Vesterbacka, wife of Peter, who's the creator of Rovio and therefore father to a successfull flock of Angry Birds. The lady took the President's invitation as an occasion to advertising and wore a gown representing the upset pets of her husband. The (angry) buzz made it all the way to the USA. Here comes a wife ready to go to some length to support her husband's business!

Sunday, 27 November 2011

L'homme et le progrès

Si nous croyons que la machine abîme l'homme c'est que, peut-être, nous manquons un peu de recul pour juger les effets de transformations aussi rapides que celles que nous avons subies.  Que sont les cent années de l'histoire de la machine en regard des deux cent mille années de l'histoire de l'homme ?  C'est à peine si nous nous installons dans ce paysage de mines et de centrales électriques. C'est à peine si nous commençons d'habiter cette maison nouvelle, que nous n'avons même pas achevé de bâtir. Tout a changé si vite autour de nous : rapports humains, conditions de travail, coutumes.  Notre psychologie elle-même a été bousculée dans ses bases les plus intimes.  Les notions de séparation, d'absence, de distance, de retour, si les mots sont demeurés les mêmes, ne contiennent plus les mêmes réalités. Pour saisir le monde aujourd'hui, nous usons d'un langage qui fut établi pour le monde d'hier. Et la vie du passé nous semble mieux répondre à notre nature, pour la seule raison qu'elle répond mieux à notre langage.
Chaque progrès nous a chassés un peu plus loin hors d'habitudes que nous avions à peine acquises, et nous sommes véritablement des émigrants qui n'ont pas fondé encore leur patrie.

Ainsi écrivait Antoine de Saint-Exupéry en 1939 (Terre des Hommes, p. 50 de l'édition Folio). A l'époque, il parlait des machines et des avions. Et pourtant, ce qu'il dit est toujours tellement vrai, 60 ans après, quand le progrès a encore accéléré !

Thursday, 15 September 2011

Pendant ce temps, en Belgique...

... il n'y a toujours pas de gouvernement. Ça fait déjà 459 jours, le record du monde a été battu il y a bien longtemps, et on commence à se dire que leur petite blague, là, elle est de moins en moins comique.  Heureusement, on dirait qu'ils sont maintenant sur le bon chemin.

On a eu peur, quand même.  Il y a eu une belle période d'espoir, quand la N-VA, la Nouvelle Alliance Flamande, a été expulsée de la table des négociations (où personne ne s'était encore assis, notez bien) parce que son partenaire légèrement moins borné, le CD&V, a accepté d'aller au feu sans elle.  Mais la condition était de commencer les négociations par le problème épineux de la scission (ou pas) de l'arrondissement Bruxelles-Halles-Vilvorde, le fameux BHV qui est l'aiguille dans la chair de tout le monde.  Et là, après plusieurs jours de négociations acharnées, mardi encore, on n'arrivait à rien.  Même pas à rassembler les négociateurs flamands et wallons dans la même pièce.  C'est pour dire.  Et derrière BHV, il restait encore des histoires de sous et d'autres problèmes sympathiques à résoudre.  Bref, je me disais qu'on n'était pas sorti du trou.

Évidemment, on commençait à se demander si on a vraiment besoin d'un gouvernement.  Finalement, nos ministres démissionnaires tiennent la maison depuis plus d'un an, et la Belgique s'en sort bien au milieu d'une crise économique qui menace l'euro.  On pourrait se dire que, sans la pression d'une réélection nécessaire et avec les feux de l'actualité braqués ailleurs, les ministres en tous genres font mieux leur boulot. Mais ce serait un peu simpliste.

D'abord, ça ne peut pas durer : l'ex-mais-toujours-premier ministre a déjà annoncé qu'il avait trouvé un nouveau job (à l'OCDE) et qu'il était impatient de partir.  Ensuite, si la Belgique a de beaux restes économiques, il va quand même falloir se bouger un peu pour éviter que les marchés financiers, ces requins affamés, sentent la faiblesse.  Et puis, en coulisses, tout ne va pas si bien que ça.

A témoins, les 300 platanes de l'Avenue du Port, à Bruxelles, victimes collatérales d'un problème qui nous dépasse tous.  Tellement symboliques que même le journal Le Monde leur a consacré un article que je vous conseille.  En gros, la ministre des travaux publics Brigitte Grouwels a prévu, contre l'avis des riverains, le réaménagement d'une rue bordée de platanes centenaires qui devront être coupés.  Et ce, pour le bénéfice d'un centre logistique qui ne sera finalement pas créé.  Un projet coûteux pour une région déjà en déficit, dont tout le monde est d'accord de dire qu'il est inutile et qu'il peut être facilement remplacé par un autre aménagement moins cher, mais un projet qu'il semble impossible d'annuler, pour deux raisons : d'une part, le fait que la ministre a déjà (et sans consulter personne) signé un contrat avec les entrepreneurs (d'où dédommagements nécessaires en cas d'annulation), et d'autre part, le fait que la-dite ministre est intouchable :
(...) le fin mot de toute cette affaire : à la sortie d'une récente réunion du conseil des ministres régionaux, les représentants des différents partis ont dû expliquer, penauds et mal à l'aise, pourquoi ils ne désavouaient pas leur collègue Brigitte Grouwels. Parce qu'elle est membre du CD & V, et que ce parti détient sans doute la clé d'une éventuelle solution fédérale, près de 500 jours après les élections et des négociations toujours infructueuses.
Et voilà.  En temps normal, déjà, la démocratie a des ratés ; mais quand on se retrouve dans une situation ou les élus n'ont plus à répondre de rien parce qu'on ne trouve personne pour les remplacer, voilà ce que ça donne.  C'est triste pour ces beaux arbres, mais ça pourrait devenir bien, bien, bien pire.  

L'Avenue du Port et ses platanes

Heureusement, je l'ignorais, mais nous avons un négociateur machiavélique.  Elio Di Rupo, président des socialistes francophones et l'homme de la dernière chance, a su manipuler les esprits aussi vite que les "notes" qui se succédaient dans les mains des négociateurs.  Mardi, avec son accord, notre ex-mais-toujours premier ministre Yves Leterme annonçait sa "fuite" loin de la politique belge dans les prochaines semaines. La veille, un sondage flamand annonçait que 40% des Flamands soutiendraient la N-VA en cas d'élections prochaines, au détriment du CD&V qui allait encore être affaibli par le départ de Leterme.  Mardi toujours, Di Rupo annonçait avait fracas l'enlisement des négociations ; un petit communiqué très amer qui prévoit sans avoir l'air d'y croire une dernière réunion de la toute dernière chance mercredi, et l'annonce qu'il demande au Roi d'écourter ses vacances pour revenir au chevet du pays : ça suffit pour que la panique s'installe.  Et là, le CD&V se dit "il va falloir faire un petit effort si on ne veut pas provoquer des élections et se ramasser la raclée du siècle"... 

Il n'en fallait pas plus : le même soir, BHV était scindé sur papier.  Presque tout le monde est content, les journaux du sud et du nord du pays parlent unanimement d'un "accord historique" et saluent les manoeuvres de notre Di Machiavelo national, et maintenant qu'ils n'ont plus à se crêper le chignon sur des bêtises, nos négociateurs vont pouvoir enfin se concentrer sur l'essentiel. 

Elle est pas belle, la vie ?

Sunday, 29 May 2011

DSK et la rhétorique des médias

Lors de mon séjour en Belgique le week-end passé, j'ai pu me rendre compte à quel point l'affaire Dominique Strauss-Kahn faisait la une (et la deux, et la trois, et toutes les autres) des médias. En Finlande j'étais assez épargnée et sur le net j'ai toujours le choix de cliquer ou non sur un lien. Mais en Belgique, chaque station de radio, chaque journal télévisé glosait tant et plus sur cette affaire étrange.  Je n'ose pas imaginer ce qu'il en est en France.

Les conditions sont bien sûr réunies pour qu'on en parle tant et plus : un homme parmi les plus puissant du monde et sur le point de se lancer dans une campagne électorale importante ; un acte odieux qu'on associe mal avec un homme éduqué, civilisé, qui a tant à perdre ; un pays étranger ce qui entraîne un manque d'information et permet d'imaginer tout et n'importe quoi ; une victime à l'autre bout de l'échelle sociale, tellement cliché que ça fait roman Arlequin ; et puis aussi, un crime qui fait remonter à la surface tout qui constitue les relations entre l'homme et la femme.  Et on voit à ce propos que les clichés nauséabonds, les croyances moyennâgeuses que l'on pensait éradiquées chez l'homme civilisé n'ont pas disparu. On se disait naïvement que le viol était uniformément condamné moralement mais les propos publics de certaines personnalités bien placées nous font déchanter.

Tout ça pour arriver à un article du Monde Diplomatique qui relève ce qu'il appelle "Les informulés d'une rhétorique sexiste".  Un article qu'il faut lire pour son analyse précise qui remet un peu les choses en perspective.  Les propos les plus affreux ont été dits en public suite à cette affaire, toujours sous des dehors anodins et parfois même, peut-être, tout à fait innocemment. Ce n'est pas acceptable.  Ce n'est plus acceptable de penser, à l'heure actuelle, qu'une domestique qui porte plainte pour viol contre un homme puissant cherche nécessairement à se faire de l'argent ; qu'une femme agressée il y a plusieurs années et qui n'a pas eu le courage de porter plainte à l'époque est une opportuniste si elle le fait aujourd'hui ; qu'un homme connu pour être insistant envers les femmes qui lui disaient non ne fait rien de répréhensible ; que l'arrêstation d'un homme suspecté de viol est une manifestation du puritanisme anglo-saxon ; qu'un homme puissant et haut placé ne doit pas être traité comme un vulgaire criminel parce qu'il a plus à perdre qu'un autre.  

Le nombre de propos sexistes ou indignes d'une pensée civilisée qui ont été affirmés publiquement dans le cadre de cette affaire est absolument ahurissant.  Je pense que c'est pour ça que ce procès doit rester dans les annales ; pas pour le viol qui, s'il est avéré, n'est malheureusement qu'un crime grave parmi des milliers qui arrivent chaque jour ; pas pour la chute spectaculaire d'un homme qui, s'il est coupable, aura lui-même saboté sa carrière ; mais pour avoir révélé au grand jours les démons odieux des préjugés sexistes qui dorment encore dans la plupart d'entre nous, et pas uniquement les hommes.

Tuesday, 17 May 2011

Champions du monde ! World champions !

Impossible de ne pas en parler sur ce blog, même si tous mes lecteurs habitant en Finlande (ou en Suède) en auront déjà trop entendu sur le sujet : dimanche soir, la Finlande a battu la Suède en finale de la Coupe du Monde de hockey sur glace. Pour bien mesurer la portée d'un tel événement, il faut savoir que le hockey sur glace est une véritable passion par ici, avant le football ou tout autre sport ; beaucoup de petits garçons apprennent à patiner et manipuler une crosse avant de savoir marcher, sur le terrain de foot du voisinage arrosé d'eau et transformé en patinoire gratuite tout l'hiver. Il faut savoir aussi que la Finlande, parmi les nations au top de ce sport, attendait depuis 16 ans qu'une seconde médaille d'or vienne s'accrocher à son mur. Et enfin, quoi de plus belle victoire que celle obtenue face à leurs "meilleurs ennemis" et rivaux de toujours, les Suédois ? Un Finlandais sur deux était devant la télé pour voir cette finale tant attendue.

Pour couronner le tout, le match fut particulièrement impressionnant. Après un début très disputé et une première période qui se termine sur un 0-0, les Suédois ouvrent le score avant que la Finlande n'égalise à la toute fin de la deuxième période. Pendant la troisième période, les Lions (le surnom de l'équipe de hockey finlandaise) ont repris l'avantage avec deux goals en trois minutes, suivis par trois autres goals coup sur coup dans les toutes dernières minutes de jeu. Une victoire de 6-1 absolument sans appel.

Dès la fin du jeu, les fans ivres de joie (et d'autre chose) se précipitaient dans les rues, mais la vraie fiesta eut lieu lundi soir, au retour des héros (la finale avait lieu à Bratislava). Pour mesurer l'importance de l'événement, il suffit de dire que deux avions de l'armée finlandaise ont escorté dans les airs celui qui ramenait les champions. A leur arrivée, ils ont eut droit à une réception dans le hall VIP de l'aéroport qui accueille normalement les chefs d'états, puis ont rejoint le centre ville en autocar sous les acclamations de la foule en délire. Environ cent mille personnes (sur une population totale de 5 millions pour tout le pays) ainsi que la présidente les attendaient près du port ou un podium avait été dressé. Feux d'artifices, retransmission télé en direct, chants et joie - je vous laisse deviner la suite...

Les Finlandais étant ce qu'ils sont, on a aussi eu droit au spectacle de joueurs et d'accompagnants bien éméchés, y-compris un coach adjoint qui s'est lamentablement effondré sur le tarmac de l'aéroport... Mais malgré tout, rien de tel qu'une belle victoire pour rendre ivre de joie un peuple normalement pas trop démonstratif ! Hyvä Suomi !
 



Those of you living in Finland (or in Sweden) will have heard too much of it already but I just can't let pass this exceptional event without even mentioning it here: Finland is now World Champion of ice hockey. This sport is certainly the most popular around here, even before soccer, and lots of little boys learn how to skate before they can walk. Moreover, Finland has been waiting this victory for 16 long years, and getting it from the hands of their arch-ennemies, the Swedes, makes it even more tasteful... Around one Finn out of two was in front of TV on Sunday to see the eventful match which is described here.

Of course, such an event had to be celebrated properly. As soon as the wistle blowed the end of the match, fans rushed into the streets, but the real part was on Monday night when the team of Lions (that's their surnames) came back home. They were welcomed like kings, with army planes escorting theirs on the way back home and a private banquet being held for them in the VIP area of the airport. Then they joined the city centre where 100 000 people and the President were waiting for them.

Of course, Finns being what they are, some players and members of their staff were not only drunk with joy. We could enjoy the show, among others, of an assistant coach collapsing right after leaving the plane, which induced the Minister for Sports to adress the issue of the hockey stars' drinking. But well, whatever the side effects, I'd say such a victory is always an amazing joy for a country ! Hyvä Suomi !

Tuesday, 3 May 2011

J'ai assisté à l'Assemblée Générale de Nokia

Je ne vous l'ai probablement jamais dit, mais Mr Ours travaille dans une banque, où il fait des choses tellement compliquées qu'il n'a jamais pu me les expliquer clairement.  Il a par conséquent un certain intérêt pour les choses de l'argent tels que les placements, investissements et autres (et là on se complète bien parce qu'en ce qui me concerne, j'ai déjà du mal à rendre visite à mon compte en banque une fois par mois). Du coup, il s'est chargé de placer nos économies et, en bon Finlandais, il a acquis en mon nom et au sien quelques actions chez Nokia.

L'autre jour, il m'a appris que nous avions reçu des invitations pour l'Assemblée Générale des actionnaires. Ca tombait un jour où j'avais du temps libre, alors je lui ai proposé qu'on y aille ensemble, par curiosité ; ce n'est pas avec notre maigre participation qu'on décidera de l'avenir de l'entreprise, mais j'étais très curieuse de savoir comment ça se passait.  J'en profite pour vous offrir un petit compte-rendu de genre "touriste" de la grand-messe des téléphones !

Pour les non-initiés, qu'est-ce qu'une Assemblée Générale ?  Il s'agit tout simplement d'une réunion annuelle des actionnaires.  Les actionnaires sont ceux qui possèdent des parts de la société, et donc qui lui prêtent de l'argent en espérant que la société fera des bénéfices dont elle lui reversera une partie sous forme de dividendes, et que la société augmentera sa valeur ce qui augmentera la valeur des parts qu'ils détiennent. L'Assemblée Générale a quelques pouvoirs, notamment celui d'approuver quelques grosses décisions (la distribution des dividendes ou les comptes annuels par exemple) et d'élire le Conseil d'Administration.  Ce dernier supervise le fonctionnement de la société, et c'est à lui que le président-directeur général doit rendre des comptes sur sa gestion.

Donc en gros, le but de l'Assemblée Générale, c'est de permettre à tous les actionnaires de rencontrer l'équipe de gestion de l'entreprise qui doit s'expliquer sur les choix faits et les décisions prises, ainsi que demander la permission de faire un truc ou l'autre.  Si les actionnaires trouvent que la société est manifestement mal gérée, ils peuvent carrément virer le Conseil d'Administration à l'occasion de l'Assemblée Générale, mais en pratique c'est plutôt une formalité essentielle dans le fonctionnement d'une entreprise.

L'AG de cette année promettait d'être particulièrement intéressante, étant donné que Nokia se trouve à un tournant de son histoire.  Après avoir fait des bénéfices impressionnants à la fin des années '90, Nokia a raté le train des smartphones et le paie amèrement en parts de marché et en bénéfices depuis quelques années.  Leurs téléphones n'ont pas pu faire face à la concurrence d'Apple ou, plus récemment, d'Android, et leur système d'exploitation Symbian n'a pas réussi à séduire.  Leur action n'a plus maintenant que 10% de sa valeur d'il y a quelques années. Après une période catastrophique, ils se sont décidés en septembre dernier à engager leur premier PDG non finlandais, qui les a illico presto engagé dans une stratégie de collaboration avec Microsoft dont ils utiliseront les softwares.  Ceci s'accompagne évidemment de nombreux licenciements au sein de l'équipe de développement de Symbian - 4000 postes perdus, dont 1400 en Finlande. Un énorme chamboulement pour l'entreprise et pour le pays, une stratégie cruciale qui doit déterminer si l'entreprise continue sa longue glissade ou si elle remonte la pente.

Nous voilà donc, Mr Ours et moi, sur le chemin de l'Assemblée Générale qui avait lieu cet après-midi à 15h.  Il a auparavant inscrit notre présence sur internet et nous avons reçu par la poste un courrier avec des petits bouts de papier représentant le nombre de parts que nous possédons l'un et l'autre.  Ce papier est notre sésame pour entrer dans le grand centre de conférence où a lieu l'AG. Il est évident qu'avec une entreprise de la taille de Nokia, ce ne sera pas une petite discussion entre amis, mais une réunion de plusieurs milliers de personnes qui aura lieu.

Dès le départ, on sent l'ambiance formelle :  des gardes en veste rouge nous ouvrent les portes, des stewards vérifient nos papiers, prennent notre veste, nous distribuent les documents nécessaires et des sacs où se trouvent des écouteurs pour suivre la traduction simultanée des débats.  J'ai compris que ça risquait de durer un peu quand j'ai vu qu'on recevait aussi des petites bouteilles d'eau...  Ensuite il a fallu se trouver une place dans le gros amphithéâtre bondé - j'ai appris plus tard qu'on était plus de 3000 présents, un record.  Au-dessus de nos têtes, de grands écrans diffusaient soit les powerpoints accompagnant les discours et les différents points à l'ordre du jour, soit la tête des intervenants que l'on voyait à peine d'aussi haut.

Au premier rang étaient assis les principaux directeurs de Nokia et, j'imagine, les membres du conseil d'administration.  Tout le reste c'étaient des actionnaires (et je suppose quelques journalistes).  Avant d'y aller, je m'imaginais que la plupart des actionnaires présents seraient des investisseurs professionnels ou des représentants de banques qui exerçaient les droits de leurs clients. J'ai donc été assez surprise de découvrir autour de moi des tas de gens ordinaires, donc beaucoup de retraités.  En fait, j'ai appris plus tard que les gros actionnaires n'étaient pas présents et qu'ils avaient déjà accepté toutes les propositions présentées par le Conseil d'Administration. Etant donné que les gros actionnaires en question possèdent plus de 80% des parts, l'affaire était réglée et l'Assemblée Générale en question n'était plus qu'une formalité.  Nous n'avons d'ailleurs pas eu l'occasion de voter.

Alors, à quoi bon ?  En fait, c'était tout simplement l'occasion pour les petits actionnaires de rencontrer l'équipe dirigeante, d'écouter la présentation du PDG concernant la stratégie qu'il mettait en place, de poser les questions qui les inquiétaient et, à l'occasion, de faire part de leur mécontentement. Le grand moment a donc été le discours de Stephen Elop, le "nouveau" président-directeur général.  Après la séance de questions-réponses qui a suivi, une grande partie de l'audience a d'ailleurs quitté la salle.

En pratique, comment ça s'est passé ? L'agenda divisait la séance en plusieurs points.

1. Ouverture de l'AG.  
Le discours d'ouverture a été donné par Jorma Olilla, le président du Conseil d'Administration qui a été PDG de 1999 à 2006. Etant donné que c'est sous sa présidence que le déclin de Nokia a commencé, il a dans la suite de la réunion dû faire face à quelques remarques acerbes d'actionnaires mécontents...  

2. Organisation de l'AG. 
Olilla a proposé un candidat pour gérer les discussions (j'ignore le terme exact : président de séance ?), un juriste qui a commencé par expliquer le fonctionnement de la réunion.  Il nous a expliqué le fonctionnement des écouteurs pour la traduction ; Nokia étant une compagnie finlandaise mais dont la langue de travail est l'anglais, l'AG s'est déroulée en finnois et en anglais, suivant la langue de l'interlocuteur.  La traduction simultanée était disponible en finnois, suédois et anglais.  

On nous a aussi expliqué le fonctionnement du vote : les petits papiers reprenant le nombre de nos parts à chacun devaient servir de bulletin de vote à mettre dans l'urne si on devait recourir à un vote anonyme, ce qui n'a pas été le cas.  Dans le cas où le président de séance pouvait évaluer qu'une majorité de participants étaient d'une certaine opinion, il n'y avait pas besoin d'organiser un vote et on pouvait se contenter d'enregistrer les noms des actionnaires qui n'étaient pas d'accord avec la motion. C'est cette possibilité qui a été utilisée, vu les 80% d'actionnaires qui avaient déjà voté.

Enfin, le président de séance nous a expliqué le système utilisé pour prendre la parole : une vingtaine de stewards étaient répartis dans la salle avec chacun un micro et un panneau avec un numéro éclairé. Chaque personne qui souhaitait intervenir devait se faire connaître au steward de son secteur qui levait alors son numéro pour attirer l'attention du président de séance, lequel leur accordait la parole secteur par secteur.  Ingénieux comme système !

3. Election des personnes pour confirmer les minutes et pour vérifier le compte des votes
Ce fut vite fait : un actionnaire a proposé quatre personnes pour remplir ces fonctions et vu que c'était la seule proposition, elles ont été élues d'office.

4. Enregistrement de la légalité de l'assemblée et quorum
Je n'ai pas exactement compris ce qu'il s'est passé là vu que ça a pris cinq secondes mais j'imagine qu'il s'agissait d'une simple formalité.

5. Enregistrement de la présence de l'assemblée et adoption de la liste des votes
A cette occasion, le président de séance nous a fait savoir que 36,5% des propriétaires d'actions étaient présents (ce qui contredit les 80% de votes déjà annoncés...  je n'ai pas tout compris).  Ca représente un million d'actions, quand même !  A comparer avec le fait que Jorma Ollila a annoncé en posséder 700 000 à lui tout seul...

6. Présentation des comptes annuels, rapport du Conseil d'Administration et rapport de l'Auditeur pour l'année 2010
Cette partie a simplement pris la forme d'un discours du nouveau PDG, Stephen Elop.  Et ce fut un vrai plaisir.  Il y a vraiment, dans les pays anglophones, une culture du discours qui n'existe pas en Europe.  Alors qu'Ollila lisait ses feuilles et récitait d'un ton très neutre, Elop nous a fait un beau discours agrémenté d'un joli powerpoint ; il était agréable à écouter, sa diction était impeccable, son discours enthousiaste et assez simple pour qu'on suive sans effort.  Il nous a parlé brièvement de sa famille, plus longuement des changements brutaux qui ont transformé le monde de la téléphonie, s'est attardé sur les choix qui ont mené au partenariat avec Microsoft. Un véritable plaisir à écouter, et apparemment ce ne fut pas que mon avis puisque certains intervenants l'ont remercié pour ça, l'un d'entre eux assurant même qu'on n'avait jamais entendu un si bel orateur en Finlande !
Son intervention a été suivie d'un grand nombre de questions et de remarques de la part de l'assemblée.  Elles étaient très variées et concernaient soit les projets futurs de Nokia ou sa stratégie (pas de grande annonce en exlu de ce côté-là j'en ai peur), soit les craintes des intervenants en tant qu'actionnaires ou, parfois, en tant qu'employés.  Elop a pris la peine de répondre à chacune des questions avec patience mais assez directement, avec un certain talent pour éviter de contredire directement l'interlocuteur ou pour vulgariser certains problèmes complexes. Il a aussi su faire preuve d'un enthousiasme contagieux pour sa stratégie et pour l'avenir de la société. Comme je l'ai dit, je pense que la majorité de l'assemblée était venue exclusivement pour le voir et l'entendre, et je pense qu'ils n'ont pas dû être déçus.

7. Adoption des comptes annuels
C'est une des prérogatives de l'AG que de valider les comptes, mais ils avaient déjà été approuvés par des auditeurs et leur aprobation n'a été qu'une formalité.

8. Résolution sur l'utilisation du profit relevé dans les comptes annuels et le payement de dividendes
L'AG a approuvé la distribution de 0,40 euros par action(qui en ce moment valent moins de 6 euros, un assez bon investissement !) sous forme de dividendes.  Ca donne un total de 1,5 milliard d'euros, dont l'affectation a été décidée en cinq minutes par l'AG.  J'aurais quand même été étonnée que les actionnaires refusent leur rémunération...

9.  Résolution sur la décharge de responsabilité des membres du Conseil d'Administration et du Président. 
C'est également une prérogative de l'AG : cela signifie que les actionnaires et la société approuvent a posteriori les actes du Conseil d'Administration posés en 2010 et renoncent à traduire ses membres en justice. Cela a fait l'objet de quelques interventions d'actionnaires qui tenaient responsable le précédent PDG d'une partie des problèmes actuels et avaient l'occasion d'exprimer publiquement leur mécontentement, mais la motion a bien sûr été acceptée.

10. Résolution sur la rémunération des membres du Conseil d'Administration
11. Résolution sur le nombre de membres du Conseil d'Administration
12. Election des membres du Conseil d'Administration.
Ces trois points ont été traités ensemble. La présidente du comité en charge de l'organisation du Conseil d'Administration (ou un truc dans ce genre-là) a expliqué que puisque la société passait par une péiode de remaniement intense, il devait en être de même du Conseil d'Administration. Deux membres le quittaient et ils proposaient d'en recruter quatre nouveaux pour porter le Conseil à 11 membres au total.  Les quatre candidats étaient Stephen Elop lui-même et trois directeurs de grosses entreprises connus qui se sont présentés sur vidéo. 

Ces points aussi ont fait l'objet de belles discussions ; certains se plaignaient de voir le PDG faire partie du Conseil d'Administration chargé de surveiller et évaluer son travail (ce que la présidente du comité a justifié en expliquant que sa présence leur permettrait d'avoir un aperçu sur le fonctionnement de la société de l'intérieur). Un nouveau candidat au Conseil d'Administration s'est présenté, un professeur en informatique qui semble avoir une solide expérience dans le domaine, et plusieurs intervenants ont soutenu sa candidature en disant qu'il était temps d'avoir un homme de terrain dans le Conseil d'Administration. C'est là que le président de séance a expliqué qu'il était inutile de passer aux votes étant donné que les quatres candidats avaient déjà été élus par les actionnaires majoritaires.  Du coup les trois motions concernant leur élection et rémunération ont été acceptées d'office.

13.  Résolution sur la rémunération de l'Auditeur
14.  Election de l'Auditeur
L'Auditeur est la société ou la personne qui se charge de vérifier les comptes de l'entreprise.  L'Auditeur est nommé par l'AG et payé par l'entreprise mais doit rester indépendant.  Dans le cas de Nokia, c'est l'entreprise PriceWaterhouseCoopers qui le fait depuis dix ans et le contrat a été renouvelé (après quelques questions mais peu de débat).

15. Autorisation pour le Conseil d'Administration d'acquérir des parts de la société
Apparemment il s'agit là d'une pratique habituelle : l'AG donne au Conseil d'Administration la permission d'acquérir des parts de la Nokia elle-même de façon à pouvoir s'auto-financer.  Je ne comprends pas exactement le principe mais il s'agit d'une autorisation qui a déjà été donnée l'année passée et qui n'a pas été utilisée.  Le directeur financier a dû venir plusieurs fois assurer les intervenants qu'il n'y avait aucun projet pour utiliser cette possibilité dans l'avenir, et la motion a été acceptée.

16. Distribution de stock-options à une partie du personnel de Nokia
A ce stade-là, la réunion durait depuis déjà 4h et je pense que tout le monde pensait comme moi : qu'on en finisse ! Il n'y a donc pas eu de débat.

17. Fin de l'AG
C'est là qu'on a pu enfin sortir.  Il ne restait de toutes façons plus qu'un tiers des participants, ou moins. J'étais plutôt contente d'avoir assisté à cette grand-messe un peu formelle, mais si elle n'était pas en soi de grande importance stratégique.  J'ai pris pas mal de notes au fur et à mesure, et si certains sont intéressés par le sujet et souhaitent poser quelques questions, les commentaires sont là pour ça  :)