Ca y est, je l'ai vu, le film événement de ce début d'année ! L'oeuvre à ne pas rater, la séance qu'il faut réserver à l'avance pour avoir une chance de trouver une place, le premier film que s'autorise James Cameron depuis "Titanic"... Et une révolution technologique que j'ai eu l'occasion de voir en VO et en 3D, qui plus est. Je crois que c'est ma première critique de cinéma sur ce blog, mais voilà un avis que je ne pouvais pas manquer de vous donner !
Résumé:Dans un futur de conquête spatiale, le caporal Jack Sully, ex-marine hémiplégique, est envoyé sur la planète Pandora où un consortium humain extrait un minerai précieux. La planète est habitée par un peuple d'êtres bleus, les Na'vi, qui vivent à la façon des indiens d'Amérique et en communion avec leur environnement magnifique. Une scientifique renommée, docteur Augustine, a réussi à créer des corps de Na'vi en leur ajoutant l'ADN d'un humain particulier, lequel peut ainsi entrer en communion avec le corps et l'utiliser pour se mêler aux indigènes; ce sont les avatars. Jack Sully est appelé à utiliser l'avatar de son frère jumeau décédé récemment et commence ainsi une vie très particulière au milieu des Na'vis, un peuple magnifique mais en danger...
Mon avis:Je dois dire que j'étais curieuse mais pas plus enthousiaste que ça à l'idée d'aller voir ce film. Les critiques étaient à peu près unanimes pour vanter les superbes images et la prouesse technologique du film, mais déploraient généralement un scénario peu intéressant. Et je dois avouer que les scénarios hollywoodiens, ça commence tout doucement à me taper sur les nerfs. On dirait que quelque part, quelqu'un a écrit un gros manuel intitulé: "Règles absolues pour les scénarios de films à l'américaine". Il est probablement divisé en chapitres: 1. Le thriller humoristique, 2. La comédie romantique, 3. Le film catastrophe/fin du monde, 4. La comédie tout court... Et pour chaque style, on y indique à quoi doivent ressembler les personnages (plusieurs options), comment doit rebondir le scénario (règles générales à adapter suivant les cas), où doit intervenir l'humour et sous quel mode, ce genre de choses. Toutes les recettes y sont et il n'est plus permis d'en dévier d'un iota, d'ailleurs pourquoi le faire puisque ça marche... Mais pour nous pauvres spectacteurs, quel sentiment de répétition !
Il faut bien avouer que les scénaristes d'Avatar ont largement pioché dans le manuel. Dès le début on sait qui est le méchant, qui est le gentil, qui est le héro et d'où vont venir les problèmes. On ne peut pas deviner précisément toutes les péripéties mais on a une idée générale de comment ça va se dérouler et se terminer. Le scénario n'apporte d'ailleurs, en soi, aucune idée originale: c'est un mélange de Pocahontas (pour le choc des cultures), de Matrix (pour le principe de l'avatar), de Jurassic Park (pour les combats avec les bêbêtes), le tout assaisonné du piment de la science-fiction et saupoudré d'une touche de film de guerre. Les thèmes abordés sont à la mode: communion avec l'environnement, auto-flagélation pour nous méchants humains uniquement intéressés par le profit, respect des populations tribales et des coutumes ancestrales, le gentil scientifique face au méchant guerrier, ce genre de choses. Beaucoup de déjà vu, en soi.
Là, vous êtes normalement convaincus que ma critique sera au final très négative. Eh bien non, parce que j'ai découvert un effet scénaristique que je ne connaissais pas encore: l'"effet conte de fées". Un conte de fée, finalement, c'est comme un scénario hollywoodien: on sait très vite qui est le méchant, qui est le gentil, et comment ça va se terminer. Mais on plonge quand même, à cause du monde magique qui est créé pour l'occasion: les animaux qui parlent, les accessoires magiques divers, les objets ensorcelés, les maisons en bonbon... On se retrouve dans un univers semblable au nôtre mais aussi différent, original et envoûtant. Et l'histoire passe presque au second plan, c'est le monde qui nous ensorcelle.
Avec Avatar, j'ai vécu cette sensation de plein fouet. Dès qu'on entre dans le monde sauvage de Pandora, je me suis sentie submergée par cette sensation magique de découvrir un monde féérique. Les décors sont éblouissants, les Na'vis ressemblent à des elfes, la végétation et les animaux sont des merveilles naturelles terriennes améliorées puissance dix, les scènes surréelles de beauté même au plus profond de l'action... J'ai été tout simplement époustoufflée, et le côté prévisible de l'histoire est largement passé au second plan: tout ce qu'il me fallait, c'est suffisamment d'événements pour donner un sens au film, et je l'ai eu. Je ne me suis pas ennuyée une minute (pour un film de 3h, quand même), même si quand j'essaie de résumer le scénario a forteriori, je n'y trouve rien de consistant.
La technique de pointe mise en oeuvre n'y est pas pour rien. Les avatars et les Na'vis sont excessivement crédibles. Je n'ai aucune idée de comment ça a pu être réalisé, mais c'est totalement époustoufflant. Pas un mouvement qui ne semble bizarre, pas un gros plan qui révèle un masque, pas la moindre sensation d'artificiel: ce peuple existe réellement, avec sa grâce et sa légèreté. Le monde dans lequel il évolue aussi. Tout l'ensemble est pensé pour créer de la beauté à partir de tout: les plantes sont belles, les animaux les plus bizarres sont beaux, les dragons ont des ailes de papillons et les Na'vis des yeux de chats, tout est différent et étrangement familier à la fois. On voudrait y être pour du vrai.
Je vous conseille d'aller, comme moi, voir ce film en 3D: c'est une expérience inoubliable. Il est loin le temps où les acteurs s'amusaient à envoyer tout un tas de trucs vers l'écran dans le but unique de faire sursauter le spectateur. Ici, la 3D n'est en rien exagérée, mais c'est un atout immense pour un film de ce genre. La technique est parfaitement maîtrisée, et malgré les lunettes ont oublie tout de suite le côté artificiel qui gêne parfois la vue. Ici, on est juste dans le film, au sens géographique du terme. Les montagnes apparaissent au loin tandis que l'acteur est seulement à quelques mètres de nous, les petites graines d'arbre magiques nous tombent quasiment sur les genoux, la pluie de cendre nous donne envie de nous frotter les cheveux; c'est tellement réaliste que, détail amusant, les sous-titres sont obligés de se décaler sur le côté de temps en temps pour ne pas entrer en collision avec un objet qui se trouverait au premier plan. Jusqu'ici j'étais à moitié convaincue par le cinéma en relief que je trouve parfois un peu trop surfait, mais dans ce cas-ci je suis totalement séduite.
Au total, je suis sortie de la salle absolument émerveillée. Il me faut toujours pas mal de temps pour "sortir" d'un film qui m'a plu, mais cette fois-ci, le choc a duré plusieurs heures et j'en ai rêvé la nuit. J'ai à la fois envie de retourner le voir et peur de ne plus vivre la féérie une deuxième fois; je suis triste aussi de savoir qu'un tel film perd la moitié de son intérêt s'il n'est pas vu au cinéma et en relief, ce qui donne à cette expérience le sentiment d'un moment unique qui a déjà passé. Profitez-en, vous qui avez encore à le vivre...